L'EUDR, le règlement européen contre la déforestation importée, s'applique le 30 décembre 2026 aux moyennes et grandes entreprises, sans nouveau report. Derrière l'obligation juridique se cache un chantier très concret : vos logiciels d'achat, de stock et de vente doivent désormais transporter des coordonnées de parcelles et des numéros de déclaration, lot par lot. Voici ce que cela change pour votre application métier, et comment s'y préparer en neuf semaines.
EUDR : ce qui est confirmé à neuf semaines de l'échéance
Le règlement (UE) 2023/1115 vise sept matières premières : bovins, cacao, café, palmier à huile, caoutchouc, soja et bois, ainsi qu'une longue liste de produits dérivés (cuir, chocolat, meubles, papier, pneumatiques, emballages en carton…). Pour les mettre sur le marché européen ou les exporter, il faut démontrer qu'ils sont zéro déforestation (produits sur des terres non déboisées après le 31 décembre 2020), légaux au regard du droit du pays de production, et couverts par une déclaration de diligence raisonnée.
Après deux reports, le texte a été révisé en décembre 2025. Le 4 mai 2026, la Commission européenne a publié un paquet de simplification (lignes directrices et FAQ mises à jour, projet d'acte délégué sur le périmètre des produits, évolution du système d'information) et a confirmé l'absence de troisième report :
- 30 décembre 2026 : moyennes et grandes entreprises, ainsi que les micro et petites entreprises du secteur du bois ;
- 30 juin 2027 : les autres micro et petites entreprises.
La Commission estime que ces simplifications réduisent d'environ 75 % le coût annuel de conformité par rapport au texte d'origine. Mais l'architecture reste la même : collecter les informations, évaluer le risque (sauf approvisionnement exclusif dans des pays classés à faible risque), puis déclarer.
Pourquoi l'EUDR est d'abord un sujet de données
Un ERP classique sait qu'un lot de café vert vient de tel fournisseur, à tel prix, à telle date. Il ne sait généralement pas de quelles parcelles il provient. Or l'article 9 du règlement exige précisément la géolocalisation de toutes les parcelles de production : un point GPS pour les petites surfaces, un polygone pour les parcelles de plus de 4 hectares (hors bovins).
Concrètement, trois informations nouvelles doivent circuler dans vos outils :
- la géolocalisation des parcelles d'origine, rattachée au lot ou à la commande ;
- le numéro de référence de la déclaration de diligence raisonnée déposée dans le système d'information européen (ou reçue de votre fournisseur) ;
- les pièces justificatives de légalité et d'évaluation du risque, à conserver cinq ans.
Le vrai piège est le mélange de lots. Dès qu'un entrepôt fusionne deux arrivages, ou qu'un atelier transforme plusieurs matières en un produit fini, la traçabilité doit suivre : un produit fini hérite de toutes les références de ses composants. Si votre application ne sait pas modéliser cet héritage, la conformité se fait à la main, dans des tableurs, au moment où le contrôle arrive.
Opérateur, aval, commerçant : ce que vos logiciels doivent gérer
La révision de décembre 2025 a allégé la chaîne. La déclaration est déposée par l'opérateur qui met le produit sur le marché pour la première fois. Les opérateurs en aval et les commerçants doivent surtout collecter et conserver les numéros de référence reçus de leurs fournisseurs. Les FAQ de mai 2026 précisent que cette obligation est passive : un acteur de bonne foi qui ne reçoit aucun numéro peut présumer que son fournisseur n'est pas un opérateur amont. La vente au détail à des consommateurs n'entraîne aucune collecte côté client final.
Deux précisions comptent pour l'architecture de vos outils :
- Les obligations s'appliquent entité juridique par entité juridique, pas au niveau du groupe. Chaque filiale concernée a son propre compte dans le système d'information, même si une entité peut être désignée mandataire pour déposer les déclarations.
- Le statut PME s'apprécie par entité (bilan, chiffre d'affaires, effectifs). Un ERP multisociété peut donc porter des obligations différentes selon la société.
Les cinq adaptations à prévoir dans une application métier
Que vous utilisiez un ERP du marché, une application sur mesure ou un assemblage des deux, la liste des chantiers est souvent la même :
- Qualifier les articles concernés. Ajouter au référentiel produit un indicateur EUDR fondé sur le code de nomenclature douanière, en gardant à l'esprit que le projet d'acte délégué ajuste encore le périmètre (ajout du café soluble, retrait du cuir et des pneus rechapés, exemption des emballages et des échantillons).
- Enrichir la fiche fournisseur et la réception. Rendre obligatoires, pour les articles concernés, le numéro de référence de déclaration ou les données de géolocalisation, avec un blocage ou une alerte à la réception si l'information manque.
- Suivre l'héritage des lots. Propager les références à travers les mouvements de stock, les assemblages et les fabrications, pour qu'un lot de produit fini retrouve en un clic toutes ses origines.
- Connecter le système d'information européen. Pour quelques dépôts par mois, la saisie manuelle sur le portail suffit. Au-delà, un connecteur automatise le dépôt des déclarations et la récupération des numéros de référence, puis les réinjecte dans l'ERP.
- Archiver et restituer. Conserver cinq ans les géolocalisations et pièces, et pouvoir produire un dossier de preuve par lot ou par commande en cas de contrôle.
Ces briques relèvent du même savoir-faire que la conception d'applications métier sur mesure : un modèle de données propre, des règles de gestion explicites et des échanges fiables entre logiciels.
Outil du marché ou développement : comment trancher
Des plateformes spécialisées de traçabilité EUDR existent et conviennent bien à un importeur qui gère peu de références et des flux simples : les configurer et les relier à votre ERP est souvent la voie la plus rapide et la plus économique. Le développement spécifique se justifie quand la traçabilité doit vivre au cœur de vos processus : transformations multiples, mélanges de lots, multisociété, ou volumes qui rendent la double saisie intenable.
Neuf semaines : un plan réaliste
À cette échéance, mieux vaut viser un premier dispositif fiable qu'un projet exhaustif :
- Semaines 1 et 2 : cartographier les articles et fournisseurs concernés, identifier votre rôle (opérateur, aval, commerçant) pour chaque entité.
- Semaines 3 à 6 : adapter le référentiel, la réception et le suivi des lots sur le flux le plus exposé ; tester avec quelques fournisseurs.
- Semaines 7 à 9 : brancher le dépôt des déclarations, former les équipes achats et logistique, documenter la procédure de contrôle.
C'est exactement le type de chantier où nous travaillons en Forward Deployed Engineer, c'est-à-dire avec un ingénieur déployé au plus près de vos équipes achats et logistique, qui construit dans votre environnement réel, à partir de vos vrais flux, plutôt que de vous remettre un rapport de recommandations. Et si un outil du marché bien configuré suffit, nous le déployons.
Questions fréquentes
Qui est concerné par l'EUDR au 30 décembre 2026 ?
Les moyennes et grandes entreprises qui mettent sur le marché de l'Union, ou exportent, des produits issus des bovins, du cacao, du café, du palmier à huile, du caoutchouc, du soja ou du bois, ainsi que les micro et petites entreprises du secteur du bois. Les autres micro et petites entreprises suivent le 30 juin 2027.
Faut-il un logiciel spécifique pour se conformer à l'EUDR ?
Pas forcément. L'essentiel est que vos données d'achat, de lots et de fournisseurs portent la géolocalisation des parcelles et les numéros de référence des déclarations. Selon les volumes, un module ajouté à votre ERP ou à votre application métier, un outil du marché bien paramétré ou un connecteur vers le système d'information européen peut suffire.
Un distributeur doit-il déposer une déclaration de diligence raisonnée ?
Depuis la révision de décembre 2025, la déclaration est déposée par l'opérateur qui met le produit sur le marché pour la première fois. Les acteurs en aval doivent surtout collecter et conserver les numéros de référence transmis par leurs fournisseurs, une obligation que la Commission qualifie de passive.
Combien de temps faut-il conserver les données EUDR ?
Le règlement impose de conserver les informations de diligence raisonnée pendant cinq ans. Votre application doit donc archiver les géolocalisations, les documents fournisseurs et les numéros de référence de façon retrouvable lot par lot.
L'EUDR arrive dans quelques semaines et vos données doivent suivre. Parlons de votre projet : en un échange, nous identifions ce que votre application métier doit gérer et la voie la plus courte pour y parvenir.